mercredi 4 décembre 2013

MILLE BILLES

Billes









Plus je vieillis, plus j’apprécie les samedis matin. C’est peux-être à cause de la quiétude d’être le premier à se lever, ou la joie de ne pas être au travail. En tous cas, les premières heures du samedi sont très agréables.
Il y a quelques semaines, j’étais tranquille, une tasse de café dans une main et le journal du matin dans l’autre. Ce qui avait commencé comme un samedi ordinaire devint une de ces leçons que la vie semble nous offrir de temps en temps.
J’allumai la radio et tombai sur une émission où les auditeurs appellent la station pour discuter. Et là, je tombe sur la voix d’un type âgé, mais plein d’énergie. Il racontait quelque chose au sujet « des mille billes ».
Je fus intrigué et m’arrêtai pour écouter. « Eh bien, Tom, tu sembles être très occupé au travail. Je suis sûr qu’ils te payent bien mais c’est dommage que tu doives demeurer si longtemps loin de ta maison et de ta famille. C’est dur à croire qu’un jeune homme doive travailler soixante heures par semaine pour joindre les deux bouts. Et c’est malheureux que tu manques le récital de ta fille. »
Il poursuivit « Laisse-moi te dire quelque chose, Tom, quelque chose qui m’a aidé à garder une bonne perspective sur mes priorités. » Et c’est alors qu’il commença à expliquer sa théorie des « mille billes ».
« Tu vois, un jour je me suis assis et j’ai fait mes petits calculs. En moyenne, une personne vit environ soixante-quinze ans. Je sais, certaines personnes vivent plus longtemps et d’autres moins longtemps, mais en moyenne, les gens vivent autour de soixante-quinze ans. »
« Maintenant si je multiplie 75 par 52 pour obtenir le nombre de samedis qu’une personne moyenne a durant toute sa vie, j’arrive à 3 900. Reste avec moi Tom, j’en arrive à la partie importante. »
« Ça m’a pris cinquante-cinq ans de ma vie pour penser à tout cela dans le détail, » poursuivit-il, « et à ce moment-là j’avais vu plus de deux mille huit cents samedis défiler. J’en suis venu alors à penser que si je vivais jusqu’à soixante-quinze ans, il me restait environ seulement 1 000 samedis à vivre et à apprécier. »
« Alors je me rendis dans un magasin de jouets et j’achetai toutes les billes qu’il y avait. J’ai dû faire trois magasins de jouets avant de pouvoir réunir 1000 billes. Je les apportai à la maison et les plaçai dans un grand pot transparent, juste ici devant la fenêtre. Depuis ce temps, chaque samedi, j’enlève une des billes du pot et je la donne à un enfant du quartier. »
« Et je me suis rendu compte qu’en voyant mes billes diminuer, je me concentrais davantage sur les choses réellement importantes dans la vie. Il n’y a rien de mieux que de surveiller votre temps sur cette terre s’en aller pour vous aider à établir clairement vos priorités. »
« Maintenant laisse-moi te dire une dernière chose avant de te quitter et d’emmener ma charmante épouse au restaurant. Ce matin, j’ai enlevé la dernière bille du pot. Je suppose que si je peux aller jusqu’à samedi prochain, alors la vie m’aura fait cadeau d’un peu plus de temps. Et s’il est une chose que nous pouvons tous utiliser, c’est bien ce petit plus de temps. »
« Ça m’a fait plaisir de te parler, Tom. J’espère que tu passeras plus de temps avec ta famille et j’espère avoir le plaisir de te parler à nouveau. »
On aurait pu entendre une épingle tomber sur le sol quand ce type nous a dit au revoir. Et j’imagine qu’il a donné à réfléchir à beaucoup de monde.
Ce matin-là, j’avais prévu de travailler sur mon antenne de toit. Au lieu de cela, je montai l’escalier et réveillai mon épouse avec un baiser.
- Viens-t-en mon amour, je vous emmène, toi et les enfants, déjeuner au restaurant.
- Pourquoi ça ? demanda-t-elle avec un sourire.
- Oh, rien de spécial, c’est juste que ça fait un bon moment qu’on n’a pas passé un samedi ensemble avec les enfants. Hé, pouvons-nous nous arrêter à un magasin de jouets en passant ? Je voudrais acheter quelques billes.
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